Un marché prédictif permet de négocier l’issue d’un événement futur. L’inflation dépassera-t-elle 3 % ce trimestre ? Un candidat donné l’emportera-t-il ? Chaque contrat verse 1 dollar si l’événement se produit, et rien dans le cas contraire. Son prix se situe donc entre zéro et un dollar et peut être lu comme la probabilité estimée par le marché. C’est tout le mécanisme.
Ce n’est plus une curiosité. Le volume d’échanges combiné de Kalshi et Polymarket, les deux plus grandes plateformes, est passé de 4,51 Mds USD en septembre 2025 à 48,9 Mds USD en juillet 2026.1 Intercontinental Exchange, propriétaire du New York Stock Exchange, a investi environ 1,6 Md USD dans Polymarket et distribue désormais ses données à ses clients.2 Robinhood a généré 156 M USD de revenus grâce aux contrats sur événements au deuxième trimestre 2026, plus que ce qu’elle a tiré du trading d’actions.3 Une partie de l’attrait tient aux données : ces prix sont de plus en plus lus aux côtés des sondages comme une estimation en temps réel de la probabilité.

Le problème pour qui souhaite une exposition est qu’aucun des deux leaders ne peut être acheté. Kalshi est une société privée, valorisée à 22 Mds USD, et son directeur général a déclaré en juin qu’elle ne serait pas cotée cette année, certaines sources évoquant 2027 au plus tôt.4 Polymarket est également une société privée et a indiqué avoir l’intention d’émettre un token à un moment donné, sans en préciser la date.5
Ce qui reste, c’est l’infrastructure. Chaque opération sur un marché prédictif doit être enregistrée et réglée quelque part, et ce quelque part est de plus en plus un réseau blockchain. Deux d’entre eux, Hyperliquid et Solana, se sont positionnés autour de cette activité, et disposent chacun d’un token coté : HYPE et SOL. Détenir le token est actuellement le proxy le plus direct disponible pour ce thème.
Deux réseaux, deux modèles économiques très différents
Cette différence sera familière à quiconque s’est déjà penché sur l’économie des bourses. Hyperliquid exploite son propre marché prédictif et prélève une commission par opération, à l’image d’une bourse sur les contrats qu’elle cote. Solana n’en exploite aucun. C’est le réseau sur lequel tournent les applications de marchés prédictifs d’autres sociétés, et il perçoit une commission de transaction générale, quoi que fassent ces applications. Dans le cas le plus important, il ne perçoit même pas cela, car les contrats de Polymarket fonctionnent sur Polygon, un réseau distinct.
Aucun des deux modèles n’a jusqu’ici généré grand-chose. Le marché prédictif de Hyperliquid n’a rapporté que 3 830 USD de revenus sur les 27 premiers jours d’août, et ses volumes ont baissé chaque mois depuis juin.
Polygon en est l’illustration la plus claire. Il héberge le plus grand marché prédictif au monde, et cela ne s’est pas traduit par des revenus croissants. Polymarket a traité 7,7 Mds USD en janvier et 10,6 Mds USD en mars. Sur ces deux mois, les revenus réseau de Polygon sont tombés de 3,37 M USD à 976 000 USD, et ils sont depuis restés bien en deçà de leur niveau de janvier. La cause n’était pas un manque d’activité. Polygon a modifié son mécanisme de commissions en mars 2026 pour que le réseau fonctionne à pleine capacité, ce qui a rendu les transactions moins chères et plus prévisibles. C’est une bonne nouvelle pour les applications qui y tournent, et cela modifie ce que le token capte de leur activité. Un réseau qui joue la carte du prix gagne moins par transaction, quel que soit le volume d’activité qu’il attire.

La question à se poser n’est donc pas de savoir qui gagne de l’argent avec les marchés prédictifs aujourd’hui, car en pratique, presque personne n’en gagne. C’est plutôt de savoir quel réseau a construit un mécanisme capable de facturer cette activité si elle continue de croître. Les mécanismes de commissions diffèrent d’un réseau à l’autre, et cette différence comptera davantage que les volumes affichés aujourd’hui. C’est ce qu’il faut examiner avant de considérer l’un de ces réseaux comme une exposition à cette thématique.
Sources
1 Token Terminal, volume mensuel notionnel des échanges de Kalshi et Polymarket, données au 27 août 2026. Le volume notionnel correspond à la valeur nominale des contrats exécutés, et non au capital engagé.
2 Intercontinental Exchange, « Intercontinental Exchange Announces New $600 Million Investment in Polymarket », 27 mars 2026, après un investissement initial de 1 Md USD en octobre 2025.
3 Robinhood Markets, publication des résultats du deuxième trimestre 2026, 29 juillet 2026. Revenus des contrats sur événements : 156 M USD, contre 129 M USD de revenus liés au trading d’actions.
4 CNBC, entretien avec le directeur général de Kalshi, Tarek Mansour, 24 juin 2026.
5 Déclarations publiques du directeur marketing de Polymarket, octobre 2025. Aucune date de lancement, offre ou critère d’éligibilité n’avait été publié au 28 août 2026.
