13 août 2026     |

Coldcard : la question de la conservation que tout gérant devrait se poser

Written by CoinShares

Le 30 juillet, un attaquant a commencé à vider les adresses générées par Coldcard, le hardware wallet exclusivement bitcoin conçu par la société canadienne Coinkite. La première salve a emporté environ 594 BTC sur près de 500 portefeuilles en quelque 25 minutes.1 Au 4 août, Galaxy Research estimait avec un haut degré de confiance que 1 596 BTC avaient été dérobés sur environ 7 300 adresses, au fil de trois vagues confirmées et de 14 incidents de moindre ampleur, pour plus de 100 millions de dollars. En intégrant une quatrième vague suspectée mais non confirmée, le total pourrait approcher 2 055 BTC, soit environ 130 millions de dollars. Au moins 15 attaquants indépendants exploitaient la même faille, et l’attaque était toujours en cours.2

En cause, ni lien d’hameçonnage ni appareil volé. L’avis de sécurité de Coinkite remonte à une modification du firmware datant de mars 2021 : la génération des clés y a été confiée à un générateur de nombres aléatoires logiciel et prévisible, au lieu du générateur matériel de la puce. L’éventail des clés possibles s’en est trouvé réduit au point qu’un attaquant pouvait les reconstituer hors ligne, sans jamais toucher l’appareil. Seuls les portefeuilles à signature unique sont concernés. Coinkite a publié la liste des modèles et des versions de firmware touchés.3

Pourquoi ce cas est différent

Le firmware corrigé est sorti le 31 juillet, mais un correctif ne répare pas une clé déjà générée. Les détenteurs doivent en générer une nouvelle et transférer leurs bitcoins. Seule une minorité de configurations échappent au problème, celles construites avec une entropie privée indépendante suffisante.3

Le plus dérangeant tient au profil des victimes. La faille a frappé des détenteurs qui avaient lu les arguments, acheté un appareil réputé, exclusivement dédié à Bitcoin, et sorti leurs avoirs des exchanges. Le défaut est resté invisible pendant plus de cinq ans, et aucun comportement du propriétaire ne pouvait le faire apparaître.

La réaction du marché a inversé le schéma FTX. Fin 2022, les détenteurs retiraient leurs bitcoins des exchanges. Cette fois, ils les y ont renvoyés. CryptoQuant a recensé 39 600 BTC déplacés par transferts inférieurs à 1 BTC le 31 juillet, tout juste sous les 39 900 BTC déplacés le 16 novembre 2022, quelques jours après le dépôt de bilan de FTX. Les entrées nettes sur les exchanges ont atteint 11 163 BTC.4

La conservation est un curseur de risque, pas une profession de foi

Détenir ses propres clés ou détenir un produit coté ? La question ressurgit à chaque incident, et ceux qui ont bâti cette industrie refusent de trancher.

Nous avions posé la question à Adam Back l’an dernier. Le cryptographe, aujourd’hui directeur général de Blockstream, fait partie de la poignée de chercheurs dont les travaux sont cités dans le livre blanc de Bitcoin. Sa réponse : « Les deux. J’ai d’ailleurs pratiqué les deux. Les ETF offrent des avantages en matière d’intégration au portefeuille et d’emprunt… Mais l’auto-conservation est essentielle pour préserver la décentralisation et l’immuabilité. » Il avait déjà mis en garde : « l’auto-conservation n’est pas faite pour tout le monde ».5

David Marcus a présidé PayPal, dirigé le projet de monnaie numérique de Meta, puis pris la tête de Lightspark. Il plaide ouvertement pour l’auto-conservation, tout en gardant une réserve : « Personnellement, je pense que la meilleure façon de faire, c’est de combiner des services de conservation assurés par des acteurs de confiance et l’auto-conservation. »6

Eric Balchunas, de Bloomberg, met en avant un obstacle plus prosaïque : « Les portefeuilles restent aujourd’hui trop complexes. Quand ce sera plus simple, je passerai peut-être à l’auto-conservation. Pour l’instant, les ETF suppriment cette friction. »7

Ce que l’ETP règle, et ne règle pas

Un ETP ne supprime pas le risque lié aux clés. Il le déplace vers un conservateur qui applique une génération de clés de niveau institutionnel, des contrôles multisignatures, des audits et une assurance. Il remplace ainsi un point de défaillance unique et silencieux par une contrepartie qui en répond. En échange, le détenteur accepte le risque émetteur et le risque de conservation, des frais de gestion et l’impossibilité d’effectuer des transactions on-chain. C’est un arbitrage, pas une amélioration.

Un défaut de firmware ne clôt pas non plus le débat. Peter Todd, développeur Bitcoin de la première heure, a formulé l’argument inverse sans détour : « L’auto-conservation affiche un bien meilleur bilan de sécurité que celui des tiers. » Il rappelait que le seul dossier QuadrigaCX avait coûté environ 200 millions de dollars aux utilisateurs. C’était à peu près le double des pertes Coldcard connues au moment où il écrivait.8 Willy Woo, qui dit n’avoir rien contre les produits réglementés, soutient que seule l’auto-conservation confère une propriété véritablement souveraine.9

Les deux lectures se défendent. Pour un gérant allocataire, la question se pose en des termes plus étroits : quel mode de défaillance un client peut-il détecter, assurer et surmonter ? Pendant cinq ans, les détenteurs de Coldcard n’ont pu faire aucune de ces trois choses.

Sources

1 Crypto Economy, « Coldcard Vulnerability Turns ‘Impossible to Guess’ Seeds Into Guessable Ones, Draining 594 BTC », 31 juillet 2026

2 Galaxy Research, via The Block, « Bitcoin losses from Coldcard hack could swell to $130 million », 4 août 2026

3 Coinkite, « Coldcard Security Advisory », 30 juillet 2026, mis à jour le 1er août 2026

4 CryptoQuant et Timechainindex, via CoinDesk, 2 août 2026

5 Entretien CoinShares, Adam Back, directeur général de Blockstream, 23 mai 2025

6 Entretien CoinShares, David Marcus, directeur général et fondateur de Lightspark, 13 novembre 2025

7 Entretien CoinShares, Eric Balchunas, analyste ETF senior, Bloomberg, 11 juillet 2025

8 Peter Todd, publication sur X, 3 août 2026

9 Willy Woo, publication sur X, via The Crypto Times, 3 août 2026

* CoinShares est émetteur d’ETP adossés aux cryptomonnaies. Les montants de pertes sont des estimations publiées par Galaxy Research, arrêtées au 4 août 2026. L’exploitation de la faille était toujours en cours au moment de la rédaction et les totaux ont été révisés à la hausse à plusieurs reprises.

Written by CoinShares

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