Quand on cherche à savoir ce qui se passe réellement sur une blockchain publique au-delà de la spéculation, les stablecoins sont souvent le meilleur point d’observation. Ce sont certes les produits les plus ennuyeux de la crypto, des jetons en dollars qui s’efforcent de valoir un dollar, mais ce sont aussi les plus utiles. Ils se règlent en quelques secondes, ils traversent les frontières sans l’intermédiation d’une banque correspondante, et ils sont de plus en plus souvent le support de paiements bien réels.
Solana est désormais le troisième réseau mondial pour ces jetons. En mai 2026, l’encours total de stablecoins émis sur la blockchain Solana s’élève à 14,5 milliards de dollars, contre 11,2 milliards un an plus tôt, soit une hausse proche de 30 %.1 Solana se classe ainsi derrière Ethereum et Tron uniquement, et devance avec une marge confortable toutes les autres blockchains à haut débit.1
Un duopole, avec de nouveaux entrants qui poussent
L’essentiel de cet encours reste concentré sur deux noms. L’USDC, émis par Circle, représente 7,72 milliards de dollars, soit 53 % du total.1 L’USDT de Tether pèse 2,47 milliards, soit 17 %.1 Ensemble, ils forment la plomberie de la quasi-totalité des activités on-chain de trading, de prêt et de paiement sur le réseau.
D’autres initiatives méritent attention : Global Dollar (USDG), un stablecoin institutionnel adossé à un consortium réunissant certains des plus grands noms de la finance traditionnelle, atteint désormais 1,55 milliard de dollars sur Solana.1 L’USD1 de World Liberty s’est hissé à 810 millions, et le PYUSD de PayPal a franchi les 700 millions.1 Il y a trois ans, aucun de ces jetons n’existait sur Solana. Le schéma est cohérent : les institutions financières établies choisissent Solana, aux côtés d’Ethereum, pour y émettre leurs dollars numériques.
Si l’on imagine un stablecoin comme un chèque numérique libellé en dollar, la question est de savoir qui est prêt à signer ce chèque et dont le nom y figure. De plus en plus, les noms qui y figurent sont reconnaissables.
Du rail de trading au rail de paiement
L’exemple le plus concret à ce jour remonte au 4 mai 2026, lorsque Western Union a annoncé le lancement de son propre stablecoin adossé au dollar, l’USDPT, construit sur Solana.2 Qu’une entreprise de transfert d’argent vieille de 175 ans émette un dollar numérique régulé constitue en soi une étape notable. Le choix de Solana, plutôt que des alternatives plus anciennes, reflète ce qu’exigent désormais les opérateurs de paiement : débit élevé, frais faibles, disponibilité continue.
Les usages annoncés par Western Union sont concrets. L’entreprise utilisera l’USDPT pour régler en temps quasi réel les soldes avec son réseau mondial d’agents, plutôt que de passer par des banques correspondantes, et pour alimenter un produit de paiement grand public en cours de déploiement dans plus de 40 pays cette année.2 Selon les mots de son directeur général, l’objectif est d’intégrer « un dollar numérique régulé directement dans notre réseau » comme couche de règlement plus rapide.2
Les données d’activité sous-jacentes vont dans le même sens. À elle seule, l’USDC a généré 313 milliards de dollars de volume de transferts sur Solana au cours des 30 jours précédant début mai 2026,1 un chiffre environ 40 fois supérieur à son encours on-chain. Ce ratio compte. Il indique que ces jetons ne dorment pas, comme cela tend à être le cas sur des blockchains plus lentes, mais circulent en permanence entre comptes d’une manière qui ressemble davantage à du fonds de roulement qu’à une position d’investissement.
Pour un investisseur, l’implication mérite réflexion. La croissance de l’encours de stablecoins sur une blockchain est l’une des rares métriques crypto qui ne dépend pas de la hausse du prix d’un jeton. Elle mesure le volume réel d’activité libellée en dollars que le réseau héberge. Sur ce critère, Solana s’installe désormais durablement dans le peloton de tête, et la courbe pointe régulièrement vers le haut, à travers les hausses comme les baisses des marchés crypto.
Il est trop tôt pour considérer la partie comme jouée. La réglementation sur les stablecoins, en particulier dans l’Union européenne et aux États-Unis, est encore en évolution et pourrait redistribuer les cartes entre les réseaux. Le risque de concentration sur les deux premiers émetteurs demeure. Mais si la question est de savoir où l’argent circule discrètement on-chain, Solana propose désormais une réponse crédible pour les émetteurs institutionnels.
1Token Terminal, au 11 mai 2026
2Western Union investor relations, « Western Union Launches USDPT on Solana Advancing Regulated Digital Infrastructure for Global Payments », 4 mai 2026
